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Le château Nasso: un sauvage spectaculaire

Printemps 2012 - Vol.13, No.1

19/05/2012
Le château Nasso: un sauvage spectaculaire

Le château Nasso engage des grands travaux


La copropriété le Château Nasso fait actuellement l’objet d’un sauvetage spectaculaire. Sérieusement hypothéquée en raison d’un déficit chronique d’entretien pendant deux décennies, il fallait la rénover dans les plus brefs délais, faute de quoi, les assureurs auraient fini par lui tourner le dos. Ses propriétaires se seraient alors vus aux prises avec de sérieux problèmes, voire un possible abandon du navire à moyen et à long terme.


Mais d’avoir trop attendu a fait monter les enchères. La procrastination a eu un prix prohibitif dans ce cas-ci: il faudra allonger 4,3 millions $ pour remettre l’immeuble à niveau. Il y a vingt ans, la note n’aurait pas excédé les 300 000 $. Chacune des 47 unités nécessitera un investissement de quelque 100 000 $. « Dans ce genre de situation extrême, il faut un conseil d’administration et un gestionnaire forts pour faire passer le message, à savoir aller de l’avant dans l’exécution des travaux », explique Benjamin Remia, cofondateur de Sequoia Gestion de copropriétés. Cette firme est entrée en scène en 2010 au Château Nasso.


De nombreux bobos


Frappé de plusieurs avis de non-conformité par le Service des incendies de Montréal, l’édifice comporte plusieurs lacunes. Les ascenseurs désuets devront être remplacés. Le nouveau sera beaucoup plus large pour répondre aux nouvelles normes de sécurité. Une génératrice doit aussi être installée sur le toit, ainsi que des gicleurs dans les appartements. Les escaliers bénéficieront quant à eux d’une compartimentation. « Ils sont actuellement ouverts sur tous les étages du bâtiment, qui en compte 10, ce qui pose une problématique de propagation de fumée en cas d’incendie », précise Benjamin Remia. Pour les moderniser adéquatement, leur reconstruction est rendue nécessaire. Les occupants de l’immeuble, dont la plupart sont des locataires étudiants, pourront y demeurer pendant ces importants travaux, en vertu d’une permission spéciale accordée par les autorités compétentes.


Lors du vote pour donner le feu vert ou non aux travaux à faire exécuter, qui a été exercé au moyen d’une assemblée générale spéciale des copropriétaires, quelque 95 % d’entre eux ont voté en faveur. « Quand nous avons annoncé ces résultats lors d’une seconde réunion, tout le monde a applaudi », de dire Michael Chetboun, cofondateur de Sequoia Gestion de copropriétés. Les gens préféraient de loin ce scénario à celui de s’enfoncer davantage. « Nous assistons à un véritable redressement du bâtiment par ses propriétaires, qui ont décidé de se prendre en main », indique pour sa part Yves Joli-Cœur, avocat émérite et associé principal du cabinet de Grandpré Joli-Cœur, dont les services ont également été retenus dans ce dossier par les administrateurs du Château Nasso.


Au moment d’écrire ces lignes, près de 85 % des 4,3 millions $ avaient été amassés. Ils ont été placés en fidéicommis. La valeur des condos, une fois les travaux complétés, passera d’environ 400 000 à 500 000 $ chacun, soit une appréciation moyenne de 25 %. Lesdits travaux viennent tout juste de commencer. Ils touchent l’installation des gicleurs et de haut-parleurs (alarme sonore) dans les unités.


Un cas parmi d’autres


Si la saga de cette copropriété connaît un heureux dénouement, il n’en va pas de même pour tous les édifices. Afin de pallier la situation, la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) donnera plus de mordant à la Loi 122. D’ici la fin de l’année, le Code de sécurité, Chapitre bâtiment obligera tout propriétaire à faire inspecter périodiquement ses immeubles, à produire des plans d’entretien préventifs et à consigner les informations qui en découlent dans un registre. Celui-ci devra être accessible sur demande par la RBQ. Les éventuels acheteurs d’unités pourront également l’exiger. « Le gouvernement veut forcer les propriétaires d’immeubles à se responsabiliser davantage, car comme nos ponts et routes, les déficits d’entretien transformeront le parc immobilier québécois en véritable bombe à retardement », d’indiquer Yves Joli-Cœur.


« Il y a deux types de problèmes structurels au sein des copropriétés québécoises, rappelle Benjamin Remia, soit les promoteurs peu scrupuleux qui construisent des bâtiments de piètre qualité ou les édifices devenus vieux et mal entretenus, faute de moyens financiers. Les frais de condos dérisoires et une faible cotisation au fonds de prévoyance vous rattrapent éventuellement. En fait, depuis mes débuts comme gestionnaire de copropriétés, je n’ai pas vu beaucoup d’immeubles en parfait état et entretenus religieusement », conclut Benjamin Remia.